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Le cinéma de Daniel Daniel

Plasticien de formation – comment autrement nommer de manière aussi synthétique un multi-instrumentiste des arts plastiques –, Daniel Daniel réalise des films depuis toujours, des super 8 d’amateur éclairé dans le décor naturel des bois d’Arlon jusqu’aux vidéos professionnelles tournées dans les Studios du Chat à Bruxelles. En 2001, il met au point Home Travel, un voyage au cœur d’une maison guidé par un cavalier qui galope sur une table de cuisine – qui galope réellement sur une table de cuisine. En 2007 voit le jour Klaus Kermesse, un projet plus ambitieux, fruit de trois années de travail, aux personnages animés mécaniquement dans un décor de manèges métaphysiques et de roues de la fortune diaboliques. C’est-à-dire de vraies sculptures mobiles filmées, aux séquences ensuite montées une par une, pour aboutir à un véritable film de sculpteur. 2014 sera entièrement dédiée à la réalisation d’un nouveau court métrage aux héros de chair et d’os évoluant dans un décor intégralement peint à la main. Une intrigue d’amours tragiques se déroulant dans un musée sous les bois intitulée The Sapinière of Love. Nous avons ici à faire à de vrais personnages filmés jouant sur un fond vert, les décors peints étant ensuite rajoutés au montage pour nous faire entrer dans ce rêve que devrait toujours être le cinéma. Bien sûr, Daniel Daniel n’est pas Stanley Kubrick – il tient sans doute plus de Georges Méliès, bouteur des premiers feux du cinématographe –, il réalise des films en bon self made man qu’il est depuis la solitude de son atelier. Ses moyens sont ceux d’un peintre et d’un sculpteur qui maîtrise certaines techniques cinématographiques pour arriver à ses fins : animer une image, en deux mots, lui donner vie. Que l’on y regarde de plus près, déjà lors de sa première exposition en 1985, il se mettait en scène sous forme de poupée réaliste et parlante à son effigie. Que ce soit dans Sculptures mobiles (1990), Mobiles à air chaud  (1997), Mécaniques & Cie (2001) ou House of Light (2015), il s’agissait de faire vaciller la sculpture de son piédestal et de la mettre en mouvement avec un peu d’électricité et de lumière. La métaphore cinématographique n’est qu’à jet de pierres dans le jardin des frères Lumière – qui portaient décidément bien leur nom –, le train entre à nouveau dans la gare de la Ciotat et la magie opère toujours et à jamais. Les pionniers du cinéma devaient avoir ces talents de bricoleurs, cette prestidigitation dans les poches, comme l’a aujourd’hui Daniel Daniel, en d’autres temps qui sont en fin de compte les mêmes pour l’art qui continue de nous occuper.

François Liénard, octobre 2016.

Clip pour Françoiz Breut

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