HARDCORPS

Corps chambre noire, cave de chair où pend une lumière sanguine. Corps qui crache par les yeux, la bouche, les oreilles, par tous les pavillons physiques et mentaux qu’un artiste normalement constitué se doit de posséder. Visages modelés dans les cires, les sauces, les fièvres, la peur, la nuit. Visages mangés, mélangés, brouillés, bouillis, mal cuits, regards qui bavent et sourires qui crament. Visages omniprésents jusque dans l’inconnu des matières, dans le mauve des organes et le rosé des chairs, végétations saignantes dans les drapés de la peau aux boues riches. Joue qui s’étire comme un chewing-gum qui bâille, œil qui s’échappe de son orbite et se perd dans l’espace devenu borgne, membres planètes molles qui conquièrent l’immensité de la toile.

Ces réjouissantes danses macabres, ces petits théâtres des idées sombres qui prennent feu dans la vie sont ceux de Daniel Daniel. Une vie élastique qui prend ses aises dans l’imagination sans laquelle l’art n’existera bientôt plus. Un homme se cache dans le noir, enfermé dans son propre corps éclairé par encore quelques bribes de raison, un homme qui parle le langage des yeux, au sens propre et physique du terme. Daniel Daniel le connaît bien, c’est un monstre d’humanité, ils se sont apprivoisés dans leur pure perte ou leur seul salut, de toute manière pour notre plus fort plaisir.

François Liénard, 2004.
Hardcorps, Le Chalet de Haute Nuit, Bruxelles, 2004.

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